Imaginez qu’il ne vous reste plus trois années à vivre.
Trois années… Ce n’est ni une éternité, ni un instant. C’est un temps suffisamment long pour aimer plus profondément, réparer ce qui peut encore l’être, transmettre ce qui nous habite et laisser derrière nous un peu plus de lumière qu’à notre arrivée.
Comment choisirions-nous de vivre ces mille jours qui nous restent ?
Continuerions-nous à consacrer notre énergie à des préoccupations qui, avec le recul, paraissent si peu importantes ? Ou apprendrions-nous à distinguer ce qui est urgent de ce qui est véritablement essentiel ?
Peut-être ressentirions-nous le besoin de simplifier notre vie.
Nous choisirions avec davantage de soin les personnes que nous souhaitons rencontrer, les lieux où nous désirons nous rendre, les projets que nous voulons mener à leur terme. Non par égoïsme, mais parce que nous comprendrions enfin que notre temps est le bien le plus précieux qui nous ait été confié.
Trois années nous offriraient encore le temps d’apprendre.
Le temps de contempler davantage la nature, d’écouter avec une présence véritable, de cultiver le silence, de méditer, de lire, de voyager, de créer ou simplement de marcher sans autre but que celui d’être vivant.
Nous chercherions peut-être moins à réussir notre vie qu’à l’habiter pleinement. Nous éprouverions aussi le désir de transmettre.
Transmettre une expérience, un savoir, une histoire familiale, des valeurs, une manière d’aimer, une façon de regarder le monde avec bienveillance. Car ce qui demeure après notre départ n’est pas ce que nous avons accumulé, mais ce que nous avons semé dans le cœur des autres. Nous prendrions également le temps de nous réconcilier.
Avec ceux que nous avons blessés. Avec ceux qui nous ont blessés. Et peut-être, plus difficile encore, avec nous-mêmes.
Car vivre en paix avec son propre passé est l’une des plus belles libertés que puisse connaître un être humain.
Trois années nous inviteraient enfin à devenir plus présents.
Non plus à courir après demain, mais à accueillir pleinement aujourd’hui. Chaque lever de soleil deviendrait une promesse. Chaque rencontre, un cadeau. Chaque sourire partagé, un trésor.
Et si ces trois années avaient une mission, ce ne serait peut-être pas de faire davantage, mais d’être davantage. Être plus disponible. Plus aimant. Plus authentique. Plus libre.
Au fond, personne ne sait combien d’années lui restent réellement. Peut-être trois. Peut-être trente. Peut-être seulement quelques jours.
Cette incertitude n’est pas une menace. Elle est une invitation à vivre avec une conscience plus éveillée.
Car lorsque nous cessons de croire que nous avons tout notre temps, nous découvrons que chaque journée possède une valeur infinie.
Et peut-être est-ce là le plus beau secret de l’existence : vivre de telle manière que, si notre voyage devait s’achever dans trois ans… ou bien plus tard, nous puissions regarder le chemin parcouru avec sérénité et dire simplement :
« J’ai aimé. J’ai appris. J’ai partagé. Et je suis profondément reconnaissant d’avoir vécu. »
Je terminerais par cette réflexion, qui résume peut-être l’essentiel :
« La question n’est pas de savoir combien d’années il nous reste à vivre, mais combien de vie nous choisissons de mettre dans les années qui nous restent. »
« L’homme a deux vies, et la deuxième commence lorsqu’il comprend qu’il n’en a qu’une. Confucius a vécu de 551 av. J.-C. à 479 av. J.-C.
Song ARUN