Les muscles : une véritable pharmacie intérieure
En 1953, l’épidémiologiste britannique Jeremy Morris publia une étude qui allait marquer un tournant dans l’histoire de la médecine préventive.
Il observa plus de 31 000 employés des célèbres autobus londoniens à impériale. Deux professions exerçaient dans les mêmes conditions de travail, à une différence près : les chauffeurs restaient assis toute la journée, tandis que les contrôleurs montaient et descendaient continuellement les escaliers du bus.
Les résultats furent sans appel. Les contrôleurs, pourtant soumis aux mêmes contraintes professionnelles, présentaient beaucoup moins de maladies cardiovasculaires et mouraient significativement moins souvent d’affections cardiaques.
Pour la première fois, une étude démontrait de façon scientifique que l’activité physique pouvait prévenir les maladies.
Depuis cette découverte, des milliers d’études ont confirmé ces observations. Aujourd’hui, les chercheurs estiment qu’une activité physique régulière permet notamment :
- de réduire la mortalité toutes causes confondues de 30 à 35 % ;
- de diminuer le risque de maladies cardiovasculaires d’environ 35 % ;
- de réduire de 40 à 50 % le risque de diabète de type 2 ;
- de diminuer le risque de nombreux cancers de 20 à 30 % ;
- de réduire les risques de démence, de dépression ainsi que les chutes chez les personnes âgées.
Si un médicament produisait à lui seul de tels effets, il serait probablement considéré comme l’une des plus grandes avancées médicales de notre époque.
Pourquoi le mouvement est-il si bénéfique ?
Pendant longtemps, on pensait que l’exercice physique était essentiellement utile parce qu’il renforçait les muscles ou permettait de « brûler des calories ».
Les recherches récentes montrent que ses effets sont bien plus profonds.
Les muscles ne sont pas seulement des organes du mouvement. Ils constituent également un véritable organe endocrinien, capable de communiquer avec l’ensemble de l’organisme.
À chaque contraction musculaire, ils libèrent dans le sang des centaines de molécules appelées myokines.
Ces substances sont de véritables messagers biologiques. Elles voyagent dans tout l’organisme et dialoguent avec le cerveau, le cœur, le foie, les os, le tissu adipeux et le système immunitaire.
En d’autres termes, chaque mouvement envoie un message de santé à tout le corps.
Les myokines : les messagers de la santé
Découvertes relativement récemment, les myokines expliquent une partie des effets remarquables de l’activité physique.
Leurs actions sont nombreuses :
- elles réduisent l’inflammation chronique responsable de nombreuses maladies ;
- elles améliorent le métabolisme et la sensibilité à l’insuline ;
- elles favorisent l’utilisation des graisses comme source d’énergie ;
- elles renforcent le système immunitaire ;
- elles participent à la réparation des tissus ;
- elles protègent le système cardiovasculaire ;
- elles contribuent au maintien des muscles et de la solidité des os.
Le cerveau bénéficie lui aussi de leurs effets.
Les myokines stimulent notamment la production du BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), souvent surnommé « l’engrais du cerveau ». Cette protéine favorise la création de nouveaux neurones, améliore la mémoire, l’apprentissage, la concentration et la plasticité cérébrale.
Elles participent également à diminuer le stress, l’anxiété et à améliorer l’humeur ainsi que la qualité du sommeil.
Un pont entre la science moderne et les arts énergétiques internes
Ces découvertes rejoignent étonnamment les enseignements transmis depuis des millénaires par la médecine traditionnelle chinoise.
Les anciens maîtres affirmaient déjà que « le mouvement harmonieux nourrit le Qi et entretient la vie ».
Aujourd’hui, la science apporte une explication biologique à cette intuition. Chaque contraction musculaire transforme les muscles en une véritable pharmacie intérieure, capable de produire des substances qui soutiennent simultanément la santé physique, mentale et émotionnelle.
Le Qi Gong illustre parfaitement cette approche.
Grâce à des mouvements lents et continus, associés à une respiration profonde et à un esprit calme, il agit simultanément sur les systèmes musculaire, respiratoire, nerveux, immunitaire et énergétique.
Les bénéfices du mouvement sont alors renforcés par l’harmonie entre le corps, le souffle et l’esprit, principe fondamental des arts énergétiques internes.
« Chaque mouvement conscient est un dialogue silencieux entre les muscles, le cerveau et les organes. En se contractant, les muscles ne produisent pas seulement de la force : ils libèrent aussi des myokines, de véritables messagers de santé qui nourrissent le corps, apaisent l’esprit et entretiennent la vitalité. »
Song ARUN







